Je ne suis pas une féministe. J’avoue avoir mis beaucoup d’années à bien saisir les enjeux de ce terme. Je suis née et j’ai grandi dans un milieu culturellement bienveillant, où la question du genre ne se posait même pas. J’ai grandi sereinement avec cette idée – farfelue ? – selon laquelle si l’on était sérieux, engagé, responsable, la vie pouvait se dérouler de la meilleure des façons. J’avais bien entendu les contes de ma grand-mère qui me racontait cette époque obscure où les femmes devaient demander la permission et signature à leur père ou mari pour tenter d’exister socialement. J’écoutais ma grand-mère, ma mère, et je m’imaginais qu’elles avaient fait tomber un mur – un peu comme le mur de Berlin – dont il ne restait presque rien, pas même un nom. Douceur de l’enfance protégée de la violence du monde. La vie m’a rapidement rattrapée. Avant mes 10 ans, j’ai appris qu’il allait falloir défendre ma condition d’être à part entière, du fait de ma condition de femme. Ma première expérience sociale discriminatoire fut celle du catéchisme, qui ne pouvait décemment permettre à une petite fille de devenir enfant de cœur. Bien que je n’y tinsse pas autant que de jouer au foot avec les copains à la récré, ce fut ma première épreuve d’objection genrée, vécue comme aussi absurde qu’injuste, et qui me fit claquer la porte – au grand soulagement de ma mère soixante-huitarde ! Puis l’entrée au collège, la puberté, les premières remarques, le travail allait dépasser tout cela. Et bien non, une petite décennie plus tard, des jobs d’été à la grande entrée dans la vie professionnelle, les propos et actes discriminatoires n’ont eu de cesse de percuter une construction sociale apaisée. Comme je me suis rapidement aperçue que je n’étais pas la seule « catégorie » percutée, mais que les relations inter-humaines réservaient aussi leur lot d’injustesses et d’injustices à d’autres profils non lissés sur le schéma « homme blanc bourgeois de la 30/40aine » – et je n’ai absolument rien contre les hommes blancs bourgeois de la 30
/40aine, ce doit être fatiguant pour eux aussi d’être perpétuellement noyés par leur statut de norme – j’ai choisi l’humanisme en général plutôt que le seul féminisme. Engagement associatif dans la lutte contre les discriminations, engagement universitaire aussi, puis réorientation professionnelle pour me spécialiser dans cette fabuleuse discipline encore trop méconnue, la RSO – Responsabilité Sociétale des Organisations.

Aujourd’hui, j’aimerais vous dire que je suis un homme politique comme les autres, à la nuance près que je suis une femme, une jeune femme, et une jeune femme qui vient du sud, où la culture politique est particulièrement égalitaire… Alors oui, parmi mes « combats » – s’ils doivent vraiment être un combat, je préfèrerais une action de sensibilisation et responsabilisation – se trouve le féminisme comme composante de cet humanisme qui infuserait les rapports sociaux. Cette vision de la bonté dans l’accueil d’autrui tel qu’il est, je l’ai trouvée sublimée dans les mots et les actions de #JamaisSansElles. Tatiana et Natacha, que j’ai eu la joie de rencontrer avant ma vie politique, dans un évènement « entreprise responsable » à Montpellier (merci Jean-Claude Gallo), ont tout de suite incarné à mes yeux cette forme de féminisme participatif, inclusif, solidaire, avec les hommes. J’ai évidemment adhéré à ces personnalités fortes, la Charte #JamaisSansElles, outil si efficace de féminisation douce de la représentation. Et lorsqu’elles m’ont demandées de devenir ambassadrice JamaisSansElles à l’assemblée, ce fut non seulement naturel, mais surtout une évidence que j’espère honorer.

En tant que responsable politique, dans ma circonscription et dans l’hémicycle, je veille à poursuivre ces actions. C’est ainsi que j’ai pu porter l’intégration d’un dispositif de non-discrimination dans les nominations aux Comex dans la loi Pacte, le renforcement du dispositif Coppé-Zimmerman pour les sociétés côtées, et dans d’autres textes (PJL #FonctionPublique cc Emilie Chalas Guillaume Gouffier-Cha, PJL violences sexuelles et sexistes Laetitia Avia, députée de Paris, Alexandra Louis, députée de Marseille, etc). Je dois vous dire notre chance d’avoir désormais un groupe parlementaire paritaire (48% femmes) qui œuvre collectivement à la grande cause nationale. Oui, je suis fière de ce qui a été déjà accompli par notre groupe parlementaire, par notre gouvernement, la consécration de l’égalité femme-homme comme grande cause nationale par le Président de la République. Fière de nos exigences au sein du groupe pour une parité à l’Assemblée. Pourtant, je pense que tout reste encore à faire. Parce que partout, dans la rue, dans les entreprises, dans les cafés, dans les médias, dans les maisons, j’entends encore trop de femmes et d’hommes qui cherchent comment ajuster ensemble leur place. Avec mes collègues formidablement engagés, nous poursuivons le travail #LAREM.

Pour conclure, je voudrais finir par vous dire que parmi les qualités qui me manquent, je ne suis pas un rappeur. Je ne suis pas un rappeur et je le regrette parce cela m’aurait permis de sensibiliser à la question vers un art beaucoup plus diffusé aujourd’hui auprès des jeunes que l’activité parlementaire. Je rêve d’une chanson à la Big Flo & Oli qui énonce toutes les femmes – et aussi quelques hommes – qui m’ont construite et permis de devenir la députée engagée que je suis aujourd’hui. Il y aurait ma grand-mère Jeannette, c’est certain, mais aussi ma professeure d’histoire de 3eme, ex-présidente du TGI de Nîmes, ma Mestre de capoeira, mon professeur de philosophie du droit, cette parlementaire engagée au destin tragique – Jo Cox, Didier Jourdan ex-directeur de MBS qui m’a poussée à assumer mon potentiel, Joël Raymond mon suppléant, maire et ami, Richard Ferrand qui m’a mentorée, et bien évidemment Emmanuel Macron qui est allé chercher autant qu’encourager toutes ces femmes que vous voyez sur la scène politique aujourd’hui. Parce que nous sommes facettés de façon complexe, dans ce monde complexe, nous regorgeons tous de modèles pluriels qui mériteraient d’être nommés dans un son populaire qui se partage, qui se propage et qui encourage.

Merci à Tatiana et Natacha, profondément humanistes, d’œuvrer chaque jour dans chaque parcelle de France et du monde pour la mixité, soit la reconnaissance de la complétude sociale de la femme. Merci à vous tous d’avoir été présents au colloque #JamaisSansElles pour décortiquer nos leviers, moyens d’actions, notre responsabilité partagée face à l’immense révolution culturelle que seule la convergence d’acteurs pluriels permettra de réaliser. A bientôt !